Un programme unique au sein de Tsahal permet aux soldats atteints d’autisme de mettre leurs capacités si singulières au service de leur pays, leur offrant par la même occasion un avenir plus prometteur à l’issue de leur service. 

Traduit de l’article d’Ayala Young

Depuis des décennies, le service au sein de l’armée israélienne constitue un important rite de passage pour la jeunesse israélienne, mais également une rampe de lancement social et professionnel.

Jusqu’à récemment, les jeunes adultes atteints d’autisme se trouvaient dans l’incapacité de prendre part à cette expérience cruciale et transformatrice. Mais depuis peu, un programme innovant a changé cette situation, au bénéfice de l’Etat juif tout entier.

Sous le nom de “Roim Rachok” , le programme permet aux jeunes adultes autistes considérés “de haut niveau”, soit faisant état d’une intelligence supérieure à la moyenne mais présentant des difficultés en termes d”interaction sociale et de communication, de rejoindre les rangs de Tsahal en tant que volontaires. Utilisant leurs capacités uniques d’intelligence spatiale et de perception visuelle, ces jeunes apportent alors une contribution précieuse aux opérations de sécurité les plus sensibles d’Israël.

Grâce à Roim Rachok, E, un jeune homme autiste qui n’aurait jamais pensé être capable de rejoindre l’armée sert désormais au sein d’une unité de renseignement secrète . Bien qu’il ait été confronté à certaines difficultés sociales et qu’il soit souvent distrait, les compétences qu’il a acquises lui ont permis d’obtenir un poste dans l’assurance qualité du logiciel, accomplissant ce que lui et sa famille estimaient auparavant impossible.

Exploiter leurs forces

L’idée originale de Tamir Pardo, ancien dirigeant du Mossad, et de ses collègues retraités, Tal Vardi et Leora Sali, Roim Rachok, permet de renforcer les compétences des jeunes hommes et femmes atteints d”autisme et les prépare au marché du travail israélien grâce à de vastes formations, et une expérience.

«Je savais que ce programme avait du potentiel parce qu’il mettait à profit leurs forces, en particulier leur capacité à se concentrer de manière intense pendant de longues périodes, ainsi que d’importantes capacités visuelles», explique Sali, à partir de sa propre expérience de maman d’un enfant autiste.

«Je me suis d’abord impliquée car j’y trouvais une motivation personnelle, mais je suis passée à un objectif plus large: faire quelque chose qui a un impact sur les autres», a-t-elle déclaré.

Afin d’assurer le meilleur impact, Roim Rachok a demandé l’aide de l’organisation Beyond the Horizon et du Ono Academic College, l’institut d’enseignement supérieur à plus forte croissance en Israël et un modèle de programmes inclusifs de premier et deuxième cycles, pour former les recrues et les les commandants de Tsahal.La plupart d’entre eux a en effet peu d’expérience en matière d’interaction avec des individus autistes. L’Ono Academic College offre à Roim Rachok l’accès à un panel complet de professionnels de la santé, parmi lesquels des ergothérapeutes et des orthophonistes, ce qui permet également aux étudiants de travailler, grâce à Roim Rachok, leur expérience pratique.

Les trois premiers mois du programme sont en réalité une formation pré-armée qui se déroule au Ono Academic College, Là, une équipe de spécialistes militaires et de professionnels de la santé, dont des orthophonistes, ergothérapeutes et psychothérapeutes, enseigne aux recrues comment communiquer avec leurs commandants, faire des présentations en public, rédiger un courriel officiel et voyager en utilisant les transports en commun.

Le programme forme de meilleurs commandants

Tout au long de la formation, le programme se concentre également sur l’entraînement technique et socio-émotionnel, préparant les recrues à travailler avec d’autres dans un cadre professionnel. La formation se poursuit pendant trois mois supplémentaires au sein d’une base de l’armée dans le but de familiariser les recrues avec leur nouvel environnement.

Une fois la formation terminée, les soldats sont accompagnés d’un ergothérapeute et d’un psychothérapeute, qui leur prodiguent des conseils à eux, mais également à leurs commandants, sur l’autisme en général.

«Les commandants m’ont dit que le fait de travailler avec des soldats autistes avait fait d’eux de meilleurs commandants et de meilleurs êtres humains», dit Sali. Ils disent qu’ils sont mieux en mesure d’accepter les autres, avec leurs forces et leurs faiblesses, et de développer plus de patience et de sensibilité, ce qui a un impact sur leurs relations avec tous les soldats, pas seulement ceux atteints d’autisme.

C’est en 2013 que le premier groupe du programme a été formé pour scanner des photographies aériennes pour une activité suspecte, un rôle qui exige une grande concentration. Le succès des recrues dans ce domaine a conduit au développement du programme, qui prépare désormais les adolescents à travailler dans l’assurance qualité des logiciels, le tri des informations, l’électro-optique et diverses tâches utiles à l’armée de l’air et au renseignement.

Une fois qu’ils atteignent l’âge de 21 ans, les individus atteints d’autisme doivent désormais se débrouiller seuls, après la cessation des programmes et de l’aide, financés par l’état. Mais Roim Rachok fournit à ses diplômés un atterrissage en douceur qui comprend un réseau d’amis, des compétences, un plus grand sentiment d’appartenance à la société israélienne et un avenir professionnel.

Un certain nombre de sociétés ont exprimé leur intérêt à embaucher nos diplômés. Et pour la première fois, ils sont capables de décider de ce qu’ils font et de la manière dont ils le font », explique Sali. «Il y a un effet d’entraînement, et ce programme touche plus que les recrues – il touche leurs familles élargies et leurs quartiers entiers. C’est un changement dans la société israélienne, et nous y contribuons. “